Interview : Lucie Haddad – Product Manager @ Deezer

Lucie est PM chez Deezer au sein de la start-up content.

Elle nous parle de son parcours au sein des industries créatives et numériques, de l’impact qu’a eu son mentor sur sa carrière, de l’importance d’approcher les challenges avec enthousiasme et humilité, de l’organisation produit de Deezer et des 1000 manières imparfaites de faire du produit!

Hello Lucie, peux-tu nous parler de ton parcours?

Depuis toujours je veux travailler dans les industries créatives, sans forcément avoir une appétence pour un métier en particulier. Mon stage de césure était bien loin du monde du numérique car je travaillais chez Warner dans la vente de DVD !

Ensuite j’ai rejoint Canal au sein de l’équipe business partnership: je m’occupais du portage de myCanal sur des devices connectés comme l’Apple TV ou les TVs connectées Samsung. C’était mes premiers pas vers le produit : au quotidien j’échangeais avec les PO pour savoir quelles features on allait défendre et mettre en place sur quels devices. En parallèle on signait des contrats avec les géants du numérique (Apple, Google, Samsung, Nvidia) ce qui impliquait de connaître par coeur notre roadmap produit sur ces devices connectés. 

Par la suite j’ai évolué chez Canal pour rejoindre Studio+, c’était comme une startup au sein de Canal qui produisait et distribuait sur un app des séries de format court. C’était une petite équipe d’une dizaine de personnes lancée dans plusieurs pays. Au sein de Studio + j’avais un poste qui se rapprochait d’un poste de Junior PM : j’allais récupérer des feedbacks utilisateurs pour déterminer quelle expérience on voulait leur apporter et quelles adaptations on allait devoir faire pour s’en rapprocher.

C’est chez Studio + que j’ai rencontré celui qui est devenu un Mentor: Antso Rakoto. A l’époque, il me questionnait beaucoup sur mes envies (avoir un impact quantifiable, être en contact avec des expertises différentes et en sortir quelque chose de concret, récupérer des retours utilisateurs) et m’a dirigée vers cette carrière produit. C’est là que j’ai commencé à faire du “bébé produit” et à m’approprier des méthodologies. 

Quand Antso est parti chez France TV je l’ai suivi. C’est là que j’ai fait mes classes en tant que PO sur les apps mobiles (l’appli France.tv existante et le lancement de nouvelles app Androit TV et Apple TV).

Sur quels sujets as-tu senti que tu allais devoir monter en compétence ?

Ce que j’ai trouvé difficile au début c’était, au sein d’un grand groupe comme France TV, de mettre tout le monde d’accord en expliquant pourquoi on fait les choses. J’avais la chance de travailler avec plusieurs corps de métiers différents qui n’avaient pas tous le même état d’esprit, ce qui multipliait le risque d’avoir des dissonances. 

C’était aussi la première fois que je travaillais avec des développeurs ce qui me faisait très peur car je ne comprenais rien à leur langage. Finalement, j’ai approché ce problème avec mon enthousiasme d’apprendre et ils n’hésitaient pas à vulgariser les concepts pour moi ce qui m’a permis de vite monter en compétence.

En quoi le fait d’avoir un mentor t’a aidé dans ta carrière ?

Ça a été déterminant dans ma carrière, et je dois beaucoup à Antso. Mais comme le dit Rémi Guyot, les mentors ne sont pas forcément de vraies personnes, on peut aussi les trouver dans les livres, les articles etc..

Ma grande chance a été d’avoir mon mentor comme manager. Ça nous permettait de réfléchir sur des problématiques concrètes. L’avantage premier du mentoring est pour moi de permettre de prendre du recul par rapport à ce métier où on est souvent la tête dans le guidon.

Peux-tu nous parler de ton expérience chez Deezer ?

Chez France TV j’ai beaucoup appris sur le rôle de PO. Mais à un moment j’ai réalisé que je commençais à toucher le plafond de verre de ma montée en compétence j’ai eu envie de passer sur d’autres types problématiques du product management, et c’est comme ça que j’ai décidé de rejoindre Deezer.

J’ai rejoint Deezer en Juin, et je suis encore loin d’avoir appréhendé tous les aspects de la boîte. C’est une boite vraiment cool, pleine de gens passionnés.

Chez Deezer, depuis peu, le produit et la technique ne font qu’un. On a un CPTO: chief product and technical officer. Ensuite on est divisé en “start-up”. Le nom est assez équivoque, dans d’autres boites on appellerait ça des business units ou des divisions. Mais chez Deezer on veut garder la mentalité et la manière de faire des start-ups même si la boîte a déjà bien scalé. 

Chaque startup peut décider de son organisation, ce qui apporte plus de flexibilité. Dans chacune de ces startups il y a un “head of” qui gère l’aspect stratégique et managérial, un head of engineering qui permet d’assurer la transversalité entre chaque startup, et plusieurs PMs et devs. 

L’un des principaux challenges est de gérer la transversalité entre chaque startup et éviter les silos. Pour répondre à cette problématique les leads de start-up se réunissent régulièrement pour discuter.

Deezer a aussi mis en place des COP : Community of Practice. Il en existe déjà beaucoup côté tech et nous sommes en train de monter une COP Produit.

La start-up dont je fais partie est la start-up content et nous avons choisi une orga en feature team, chaque équipe est chargée d’un ensemble de fonctionnalités avec sa feature team.

Qu’est ce qui différencie un bon PM d’un excellent PM ?

Pour être un bon PM, il ne faut pas avoir peur de se tromper et de dire qu’on s’est trompé. La seule bêtise est de refaire 2 fois la même erreur. 

Il ne faut pas être trop catégorique. Il y a 1 000 manières de faire du produit, elles sont toutes bonnes et aucune n’est parfaite. Cela ne sert a rien de se dire qu’il faut suivre la théorie, et arriver avec des frameworks by the book en tête, car ça ne fonctionne pas.

"Un excellent PM est humble, il accepte de se poser des questions, et accepte qu’on lui pose des questions. Il est dans une posture où il n’a jamais complètement raison et jamais complètement tort."

Il faut être quelqu’un d’agile. Ca ne veut pas dire connaître par coeur le scrum book, mais ça veut dire être dans un état d’esprit propice à l’agilité : avoir en tête la notion de découpage et d’itérations, livrer de petites choses qui ont de la valeur plutôt que de rentrer dans des tunnels où l’on développe pendant 3 mois et demi d’énormes projets. 

Un excellent PM est humble, il accepte de se poser des questions, et accepte qu’on lui pose des questions. Il est dans une posture où il n’a jamais complètement raison et jamais complètement tort. Ce que j’adore c’est de voir que même les personnes qui font du produit depuis 40 ans sont toujours dans cette démarche d’apprentissage.

Que conseillerais-tu à quelqu'un qui veut se lancer dans le produit ?

Le produit est assez nébuleux, il y a beaucoup de secteurs différents et toutes les personnes qui ont déjà une expérience, quelle qu’elle soit, ont forcément touché a quelque chose qui pourra leur servir dans le produit. 

C’est essentiel de capitaliser sur ses acquis, et taper à toutes les portes en disant “j’etais sales, j’ai appris à parler à plein d’interlocuteurs différents, j’ai une sensibilité business et je sais analyser mon impact” “j’ai fait de la finance et j’ai un super esprit analytique” “j’ai fait les beaux arts j’ai toujours appris à me réinventer et à me questionner”.

Le produit n’est pas du tout académique, il existe plein de supports différents qu’il faut savoir exploiter (livres, podcasts, articles). Je recommande à tous les wannabe PM de se renseigner par ces biais.

Quel est le meilleur conseil qu’on t’ait donné?

En terminale en cours de philo on m’a dit : “pour réussir il faut que tu te détaches de ce qu’on te dit et apprendre à analyser toi-même les situations, pour te faire ta propre opinion. Ne prends jamais rien pour acquis et questionne tout.”

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Manon Morgaut

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