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Le pouvoir de dire NON

Pourquoi ce petit mot de 3 lettres seulement nous fait tant peur alors que OUI, son homologue d’autant de lettres, est quant à lui gratifié, salué, portée aux nues ? Pourquoi dire OUI est souvent si facile alors qu’on tremble à l’idée même de devoir dire NON à quelqu’un ou à quelque chose ? Et qu’est-ce donc que dire NON dans le Product Management ?

Je rembobine. Il y a quelques semaines, Jennifer [Une collègue] me propose d’écrire un article avec pour thème « Savoir dire NON ». D’emblée, ce réflexe très humain de dire NON se manifeste. Dire NON, non pas à Jennifer, mais d’abord à moi-même, intérieurement. Pourquoi donc écrire cet article, et pourquoi cet étrange sujet ? NON. Instinct de protection, désir de contrôle, doute sur mes capacités à adresser le sujet ou, pire, à le rendre intéressant, peur de me montrer faible à dire OUI ?

Et puis j’ai réfléchi… et je me suis dit que le sujet était en réalité passionnant et qu’il méritait de s’y attarder quelque peu. Alors j’ai dit OUI !

Avant d’aborder les tenants et aboutissants du POUVOIR DU NON dans le cadre plus restreint du Product Management, permettez-moi une approche plus philosophique, tout en décalage.

« Win the yes needs the no to win against the no. »

Nous sommes en 2005, les Européens s’apprêtent à voter au référendum sur le Traité établissant une constitution pour l’Europe. En pleine conférence de presse, Jean-Pierre Raffarin, alors Premier Ministre, scanda cette phrase cryptique au premier abord : « Win the yes needs the no to win against the no ». Le lecteur notera que je ne me suis pas risqué à retranscrire l’accent du locuteur. C’eût été fort drôle, mais c’eût été tout aussi déplacé, car rares sont les politiciens français s’étant risqués à s’exprimer dans la langue de Shakespeare en public.

Revenons à cette phrase ô combien raillée qui fait en vérité appel au bon sens. Il suffit d’ailleurs d’écouter la phrase prononcée juste avant pour y voir plus clair : “Le OUI a besoin du débat pour gagner”. La thèse était en vérité aussi simple à comprendre que malhabilement retranscrite dans la traduction du Premier Ministre. L’existence d’une opposition, d’une autre manière de voir, de penser, la possibilité de débattre et de contre-argumenter devaient créer ce relief qui, naturellement, ferait pencher l’électorat vers le OUI.

Pour l’Histoire avec un grand H, Monsieur Raffarin eût probablement tort ce jour-là, car les français persistèrent avec leur NON. Et comme la contradiction est un trait majeur de notre esprit gaulois, le gouvernement outrepassa le résultat du référendum et signa envers et contre tout ce Traité. La Fontaine aurait probablement trouvé une morale bien acide à cette fable démocratique, mais ce n’est pas l’objet de mon propos.

Vous l’aurez compris, je pense tout le bien du monde du mot NON et particulièrement qu’il n’a pas vocation à signifier un refus de principe ou être l’expression d’une hybris verbale. Dire NON me semble toujours être la conséquence d’une réflexion, de la pondération de différentes options, et en cela, le mot ne devrait rien avoir de tabou.

Aussi, en partant de ce constat, j’essaierai de vous convaincre de l’intérêt de devoir dire NON (tout autant que OUI), de la nécessité de pouvoir dire NON et enfin des bénéfices de savoir dire NON. Et pour ce faire, je me rapprocherai (enfin!) du cadre du Product Management et en particulier des Rôles de Product Owner ou de Product Manager.

Le DEVOIR de dire NON

Amis PO & PM, vous savez à quel point il est parfois difficile d’expliquer à quelqu’un d’extérieur au monde du Product Management ce qu’est un PO, tout autant que ce qu’il fait. J’aime dire qu’un PO est quelqu’un qui sait prendre des décisions réfléchies. Que ce soit pour définir les problèmes auxquels son produit doit ou non apporter une réponse (#Vision), pour établir ce que son produit devrait ou non faire (#Backlog), pour convenir des problèmes qu’il est urgent ou non de traiter (#Priorisation)…

Un PO est en permanence soumis -et garant- de la prise de décisions en faveur des utilisateurs du produit. Et quel meilleur instrument pour prendre des décisions que ce duo très binaire OUI-NON pour personnifier ce qu’est son produit ? Dire NON est à la fois un droit et un devoir envers ses utilisateurs, envers ses collaborateurs, envers son organisation… mais encore faut-il en avoir la possibilité…

« Ma maman disait toujours que la vie [du PO], c’est comme une boîte de chocolats, on ne sait jamais sur quoi on va tomber. »

Forrest Gump, Savannah, Géorgie – 1981.

POUVOIR dire NON

L’holacratie tout autant que l’agilité ont depuis quelque années sacralisé l’idée d’une communication libérée, facilitée et avant tout recentrée entre les faiseurs. Transparence et inspection constituent d’ailleurs deux des trois piliers du framework SCRUM. Mais qu’est-ce que la transparence sinon le fait de ne pas dissimuler des informations et répondre objectivement à une question ? Et qu’est-ce que l’inspection sinon le fait de se poser régulièrement des questions ? Je pourrais continuer avec certaines valeurs de SCRUM comme le courage… de dire ce qui ne va pas, le respect… de celui qui pense différemment ou encore l’ouverture… à d’autres possibles…

L’efficience de nos organisations agiles dépendent ainsi du réel ownership de ses acteurs, c’est-à-dire de leur capacité à débattre et à prendre collectivement des décisions. S’il est tentant de croire que l’on peut aisément mettre en place une organisation dans laquelle tout un chacun PEUT dire NON, mes expériences m’ont appris que le fait de pouvoir dire NON (et encore plus d’être écouté) devrait davantage être vu comme le résultat d’une transformation réussie. Il revient donc bien souvent aux managers, souvent initiateurs de ces transformations, de tout faire pour créer ce climat de confiance, notamment en acceptant une perte de ce pouvoir individuel au profit de l’intelligence collective.

Dans une organisation ouverte au NON, jamais un supérieur hiérarchique ne devrait s’offusquer d’un NON. Il devrait y voir la preuve par l’exemple que son équipier s’interroge, émet des hypothèses et innove. Et si jamais un NON semblerait peu rationnel, celui-ci devrait constituer un appel à questionner le collaborateur pour essayer de comprendre ce qui se cache derrière ce NON car, admettons-le, il est parfois compliqué d’exprimer et de motiver son opposition.

« Je vais lui faire une offre [de priorisation de backlog] qu’il ne pourra pas refuser. »

Don Corleone, Long Island, Etat de New York – 1945

SAVOIR dire NON

La concision du mot NON et son utilisation trop souvent impérieuse me semblent être les deux choses qui desservent le plus son usage. Nombreux sont ceux qui se souviennent encore d’un NON -parfois bien justifié- prononcé par des parents ou un instituteur alors qu’un méfait allait être commis. Le souvenir reste d’autant plus vif que la conséquence fut souvent fâcheuse : frayeur, blessure ou punition à la clé. Les méthodes éducatives modernes insistent à présent sur le bénéfice pour le développement de l’enfant de préférer le dialogue, l’explication, le raisonnement à la sanction autoritaire.

Loin de moi l’idée d’infantiliser les PO et PM, je crois toutefois qu’il est bon de rappeler qu’un gigantesque gouffre sépare un NON abrupt et un NON, parce que… Savoir dire NON, ce n’est pas user -et abuser- de ce mot, c’est expliquer sa position, défendre son mode de pensée, avec des arguments, des données factuelles et objectives, des exemples, des schémas.

Savoir dire NON, c’est avancer ses pions tout en restant ouvert à la contradiction, c’est signifier “J’ai entendu tes arguments, mais je pense différemment parce que…”. Savoir dire NON, c’est dire POURQUOI on dit NON. Et cet exercice est d’autant plus difficile qu’il nous responsabilise, nous expose, et nous oblige à convaincre. Savoir dire NON constitue à mes yeux une des softskills essentielles pour un Product Owner ou Product Manager.

« Que la force [du savoir dire NON] soit avec vous. »

Obi-Wan Kenobi, Coruscant – 19 BBY

Conclusion

Alors quel que soit votre métier, n’oubliez jamais cet outil merveilleux qu’est le NON. Maniez-le toujours avec honnêteté, justesse et conviction et vous verrez qu’il n’a rien de négatif dès lors qu’on l’accepte en retour.

Dire NON n’est pas négatif en soi. Dire NON n’est pas une arme. 

Dire NON est une main tendue, une invitation au débat, à la critique positive.

Dire NON, c’est implicitement dire OUI à beaucoup d’autres choses.

Plus que jamais, j’aimerais inciter les lecteurs de cet article à me dire NON librement, à me dire que cet article ne leur a pas plu… et encore plus, s’ils m’ont lu jusqu’au bout, à me dire pourquoi ils ne sont pas satisfaits. Je me satisferai également des retours favorables. En effet, si je n’ai pas beaucoup parlé du OUI, ce jumeau du NON mériterait tout autant son propre article, NON ?

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Rémi DUFLOS
Consultant Product Manager @ Wivoo. Lead Tribe Méthodo @ Wivoo. Cheese addict.

1 commentaire

  1. Steven Demeillez

    Steven Demeillez

    Super cet article ! C’est même la base d’un bon PO.

Commentaires

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